Sans Culotte

S

Plus que deux minutes avant que le chauffeur n’arrive en bas de chez elle.
Face au miroir de l’entrée, Alice ajuste sa chevelure rebelle et vérifie son maquillage
discret, mais toujours bien prononcé au niveau de ses lèvres. Elle a poudré ses yeux de vert doré pour souligner son regard malicieux.
Pas de connerie ce soir ma vieille.
Son portable sonne, numéro non enregistré.
« Bonsoir, c’est votre chauffeur, je suis en bas.
— Très bien, j’arrive. »

Clic.

La soirée commence.
Elle s’installe dans la berline noire. Confirmation de destination, quelques mots échangés, Alice reste évasive, elle n’aime pas parler avec une personne lui donnant dos. La discussion tourne court. Elle se laisse emporter par les lumières de la ville. Les enseignes colorées, les réverbères aux reflets jaune orangé, les phares blancs des voitures, ce kaléidoscope lumineux l’envoûte lentement.
Elle observe la mini voiture se déplaçant sur la map de l’application. Plus que cinq minutes avant d’arriver au club.
Quelle bonne idée il a eu ce mec n’empêche !
Elle envoie rapidement un texto à son groupe d’amis déjà sur place.

CSquad 0 h 45 : Sous l’alcôve rouge. Ce soir, on fout le dawa !

La berline s’arrête. Sa portière s’ouvre, elle remercie le chauffeur qui lui souhaite une bonne soirée.

Une bise aux colosses à l’entrée. Alice est une habituée. Elle rentre dans le club sans se soucier de la queue qui s’allonge sur le trottoir.
Elle s’est fait désirer, comme à chaque fois. Le petit groupe est installé près du bar. Une place stratégique aussi bien pour le ravitaillement des boissons que pour avoir une vision d’ensemble sur l’espace.
Alice aime ce club.
À mi-chemin entre une serre remplie de plantes tropicales et une cave de style prohibition où le papier peint Art déco s’accorde aux Chesterfield ratatinés. Le plafond couvert de miroirs capture chaque changement de tempo, chaque rapprochement de corps.
Alice aime ce club.

Première tournée, les shots pour commencer. La vodka les réchauffe de plus en plus.
Cette soirée d’anniversaire risque d’être mouvementée et riche en émotions. Alice compte certains visages et quelques corps qui lui sont inconnus ce soir sans y porter une grande attention.
Le DJ enchaîne des morceaux tous plus vibrants les uns que les autres. Ils sont tous sur la piste, la soirée bat son plein.
Alice danse, ses mouvements se font de plus en plus sensuels. Chaque rythme est interprété par son corps dans toute son amplitude.

Deuxième tournée, les bulles s’invitent. Le groupe s’égosille, ri, pose pour se souvenir, trois décennies cela se fête dignement.
Le club est plein à craquer. Les parfums se mélangent, la moiteur devient palpable. Tous les clubbeurs ne font qu’un.
Alice s’écarte de la foule et se pose sous l’alcôve, bulle d’air en suspens où elle tente de reprendre ses esprits. Soudain, elle ressent sur elle un poids. Sans pouvoir expliquer cette sensation, elle se retourne et la voit. Dans la pénombre, à l’angle du bar se dresse une silhouette la fixant sans bouger. Elle lui fait signe du doigt de s’approcher. Comme hypnotisée, Alice se lève lentement et se rapproche sans quitter des yeux ce corps qui devient de plus en plus distinct.

Tout tourne autour d’elle, l’alcool y est pour beaucoup sans compter cette attraction subite. Elle n’entend plus aucun son. Elle découvre adossée au bar une femme longiligne aux courbes envoûtantes. Elle possède un long visage aux pommettes saillantes, deux grands yeux en amande maquillés de noir et une bouche fine laissée au naturel. Son chignon haut est soutenu par un cou immense et fin sur lequel Alice se voit déjà poser ses lèvres. Son port de tête a quelque chose de royal. L’inconnue porte une combinaison noire où le tulle fin au centre laisse apparaître la courbure intérieure de ses seins. Alice allait dire quelque chose quand la belle lui tendit un verre rempli d’une liqueur mauve.

« Bois ! »

Elle s’exécute sans sourciller. Elle aime cette perte de contrôle. Qu’on lui ordonne les choses.
D’un trait, elle avale l’élixir et se dirige sur la piste de danse suivie de près de l’inconnue. Commence alors un corps à corps endiablé. D’abord, front contre front puis, elle se retrouve vite dos à ce corps qui l’attise de plus en plus. Les mains chaudes de la femme lui parcourent les flancs de bas en haut, remontant doucement à ses hanches qu’elle ne contrôle plus. Elles ont un mouvement commun, d’avant en arrière avec un ralenti significatif sur le pubis qui se frotte à elle.

Alice est en lévitation, elle oublie tout ce qui l’entoure. Seuls comptent leur corps qui ne fait qu’un et les vibrations envoûtantes de la musique. De nouveau en face à face elle prend le temps de sonder son corps, s’enivrer de son parfum. Dans la pénombre, tout paraît tellement parfait.
Mais ce sont ses lèvres qui l’obsèdent. Sa bouche. Elle l’a veut tout de suite. Sans réfléchir, elle l’attrape par le poignet et l’entraîne hors de la piste de danse. Parcourir le chemin jusqu’aux toilettes paraît être une éternité avec la marée humaine de gens.

Alice brûle d’impatience.
Quelques personnes attendent devant l’entrée des toilettes. À droite pour les mecs, à gauche pour les meufs. On ne sait plus trop qui fait la queue, qui accompagne. La musique est moins forte, c’est le moment d’en placer une.
Elle n’ose pas lui parler de peur d’ôter tout le charme de ce qui arrive.

Un box se libère. Lentement, Alice entraîne « Bouche de rêve » à l’intérieur.

Alice n’est qu’un enchaînement de pulsions.
Elle la plaque contre la porte qu’elle a pris soin de verrouiller une fois rentrée. Le métal froid à raison de ces deux tétons durs tiraillant le tulle de la combinaison. Hello vous !
Alice sait qu’elle n’a que très peu de temps avant que ça râle à l’extérieur.

Elle pose enfin ses lèvres sur cette bouche qui l’aspire tendrement. Leurs langues s’entrechoquent, c’est doux, c’est bon. Elles se lapent, se sucent. Ça pétille, Alice est pantelante.
Ses mains ne sont pas en reste. D’un côté, téton droit est au bord de l’explosion à force de pincement et de trituration. De l’autre, c’est à travers la combinaison, pas du tout pratique, que sa main droite s’affaire à palper cette chatte qu’elle sent palpiter à travers le tissu.
« Bouche de rêve » fait volt face, Alice dézippe la longue fermeture en un éclair. La combinaison glisse jusqu’à la chute des reins de ce corps qui convulse de désir. À genoux, la tête entre les jambes interminables de « Bouche de rêve » qui commence à doucement gémir.

Salut toi !

Alice hume l’odeur chaude et suave de cette fente excitée à bloc. Elle passe le bout de sa langue sur le clitoris humide et gonflé. La pression d’une main sur sa tête l’empêche de reprendre son souffle. Elle accélère au bord de la suffocation, elle suce comme jamais, s’enfonce, s’amuse à accélérer la cadence, la ralentir. « Bouche de rêve » à un léger gout de pêche, un cul qui est fait pour être pétri. Alice dégouline d’un mélange de cyprine et de salive.
On avait dit pas de connerie meuf !

Quelqu’un frappe à la porte. BAM BAM BAM.

Soubresaut de « Bouche de rêve » qui ne semble plus être de ce monde. Les yeux révulsés, elle se touche. Cette fille est exquise.

« Ça va pendre encore longtemps là-dedans ?

— Minute, ma pote se sent pas bien ! »

C’est le moment du coup de grâce, il ne lui reste tout au plus que 3 minutes avant que les gros bras ne se pointent.
Alice pénètre, un, puis deux, et enfin un trois doigts, capacité maximale atteinte demoiselle, dans cette caverne chaude et bouillante de désirs qui resteront à demi comblés ce soir. Elle rentre et sort, elle est aspirée de l’intérieur. Elle fait bouger ses doigts simultanément tapotant la paroi lisse intérieure de cet écrin maintenant à point, élastique et béant.
Pas le temps d’y mettre toute la main, « Bouche de rêve » gémit crescendo et dans un cri vibrant se répand sur Alice.
Pas le temps de s’attarder ni d’engager un second round. Alice s’essuie du revers de sa main à peu près sèche. Un dernier baiser pour la route.

Oooffff, ces lèvres…

Alice entrebâille la porte et sort en prévenant qu’il va falloir attendre encore 2/3 minutes.
Elle se redirige vers la piste de danse où ses amis ont à peine eu le temps de remarquer son absence hormis Beeya qui a capté toute la scène.
Clins d’œil échangés, Alice sait qu’elle s’est fait cramer.

Ce n’est que plus tard, au début de la journée, qu’elle se rend compte que « Bouche de rêve » ne portait pas de culotte !

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Amélie.